15.05.2006

Plaidoyer pour les délocalisations

medium_delo.jpgDélocalisation : un mot qui à lui seul fait trembler une grande majorité des français. D’après l’institut CSA, 88% des français pensent que le phénomène des délocalisations est grave, 70% pensent qu’il est durable et 74% que l’on ne peut rien y faire.

 

De manière générale, les sondages concernant ce sujet permettent de tirer trois grands enseignements :

1/ Les délocalisations sont une crainte majeure des français

2/ La « lutte contre les délocalisations » est une priorité et même si personne ne croit vraiment au pouvoir de l’Etat dans le domaine, le candidat jugé le plus crédible en 2007 sur ce sujet aura un avantage conséquent sur ses concurrents

3/ Aucun sondage (et donc aucun sondé) n’évoque d’une manière ou d’une autre un quelconque côté positif au phénomène.

 

Le titre de ce post est volontairement provocateur. Je comprends tout à fait l’exaspération des travailleurs perdant leur travail suite à une délocalisation. Cela est d’autant plus tragique qu’une partie d’entre eux sont ouvriers, ont travaillé pendant longtemps pour l’entreprise les licenciant et vivent dans une zone industriellement déclinante. Autant de conditions qui font qu’il sera pour eux très difficile de se réinsérer dans le marché de l’emploi.

 

Cependant, comme pour un certain nombre d’autres sujets (par exemple l’immigration, l’insécurité ou l’Europe), les médias et les politiques jouent sur la peur et négativisent grandement le phénomène. Car si le transfert d’un certain nombre d’activités des pays riches aux pays en développement est perçu comme un drame par la majorité de nos concitoyens, il ne faut pas oublier ses aspects positifs.

 

Tout d’abord l’emploi et l’activité créés dans des pays, qui en ont généralement plus besoin que nous. On s’offusque généralement des conditions de travail qui nous semblent anachroniques dans les pays en développement. S’il est vrai qu’elles sont parfois choquantes, n’oublions pas qu’aucun pays n’y a jamais échappé dans son développement (pour ceux qui ne se souviennent pas qu’en France aussi les conditions de travail n’ont pas toujours été celles d’aujourd’hui, une petite lecture de Germinal s’impose). La mondialisation donne l’opportunité de raccourcir considérablement la « période difficile » (d’une dizaine de générations à une seule dans le meilleur des cas). Cela ne m’empêche pas de penser que plus nous irons loin dans la réglementation au niveau mondial des conditions de travail, mieux ce sera. Il est toutefois totalement utopique de penser aujourd’hui que nous arriverons à mettre 200 dirigeants de pays autour d’une table et les mettre d’accord sur ce point-là.

 

Nous en tirons également un avantage matériel considérable. Si nous produisions tout en France, il serait en effet inenvisageable pour un smicard d’avoir son téléphone portable, son ordinateur, son lecteur DVD de salon etc… pour des sommes aussi modestes.

 

Est-ce que le gain matériel rattrape le coût humain engendré par le phénomène pour les pays développés ? De mon point de vue, oui, mais il est tout à fait logique que les travailleurs les plus exposés au phénomène ne partagent pas du tout mon avis.

 

L’idée d’un « fond de dédommagement » ou mieux d’un accompagnement personnalisé pour les victimes des délocalisations me semble alors être une bonne idée, afin que personne ne pâtisse du phénomène. La fausse bonne idée serait en revanche de taxer les entreprises qui délocalisent. Ce serait non seulement un impôt idéologico-patriotique et injuste pour les pays qui ont cruellement besoin d’investissement mais également un impôt inefficace car elle désinciterait les entreprises à investir chez nous, faute de pouvoir quitter le pays plus tard.

03.05.2006

Bilan du CPE : crise inutile pour une réformette

La crise du CPE et la mobilisation impressionnante qu’elle a soulevée suscite un certain nombre de leçons que la France ne manquera pas de ne pas tirer.

 

Leçon 1 : Futilité

Revenons tout d’abord sur le contrat lui-même. Quoiqu’on en dise, le CPE n’aurait été qu’un contrat de travail supplémentaire venant se rajouter à tous ses grands frères. Il n’aurait en aucun cas révolutionné le pays, il n’aurait pas remplacé le CDI et ne constituait certainement pas le plus « précaire » de la famille nombreuse des contrats de travail français (quoi de plus précaire que l’intérim ?). En un mot, le CPE n’était qu’une réformette à la française… Cela n’engage que moi, mais je considère d’ailleurs que le CPE et le CNE constituaient, dans l’esprit de De Villepin, une manière de s’approprier le mérite de la baisse du chômage prévue pour la période 2006/2007.

Leçon 2 : Nombrilisme

Ainsi, on ne peut qu’être consterné par l’importance du sujet du point de vue de son traitement médiatique et de la mobilisation suscitée. En effet, alors que l’actualité ne manquait pas au Soudan, en Israël/Palestine ou en Iran, les JT consacraient plus de la moitié de leur temps à évoquer le CPE. Les mobilisations, quant à elles, ont attiré des millions de personne dans la rue. Pas un manifestant en revanche pour soutenir l’UNICEF lorsqu’elle lance, début avril, un appel en faveur du Darfour.


Leçon 3 : Contestation pure

La crise des banlieues de 2005 avait eu au moins un côté positif : elle a permis de lancer un débat d’idées. La crise du CPE, quant à elle, n’a fait émerger aucune idée ni aucun débat : elle s’est contentée de critiques (souvent justifiées) contre le contrat. Mais qu’ont proposé les manifestants et leurs soutiens politiques ? Retrait des mesures actuelles, mais aucune alternative viable. Aucun débat concernant d’autres pistes pour réduire le chômage des jeunes n’a eu lieu. Les mouvements contestataires refusent également de reconnaître le rôle de l'éducation dans le phénomène.

 

Leçon 4 : Non représentativité

medium_ar_939.jpg

Une fois de plus, on a pu assister à des mouvements sociaux dirigés par des personnalités très éloignées des concernés par le CPE. Le président de l’UNEF est ainsi étudiant en master de recherche de droit public et la plupart des leaders des mouvements sont étudiants en sciences humaines. Je ne pense pas qu’on leur proposera de CPE…

Quant aux syndicats « d’ouvriers », qui sont pour la plupart composés pour bonne moitié de fonctionnaires (cf. la récente étude sur la composition de la CGT , où l’on apprend que 45% des membres de la CGT ont plus de 50 ans ou encore que 40% d’entre eux sont salariés dans le privé, généralement dans des grandes entreprises), difficile de comprendre de quel droit ils se posent en porte-parole des jeunes en difficulté.

Les mouvements lycéens, composés par définition de mineurs ou de jeunes majeurs, sont finalement les plus légitimes car les plus susceptibles d’être concernés par le contrat.

Au final, même si les représentants syndicaux parlent de solidarité avec les jeunes en difficulté, concernés par le CPE, force est de constater que ceux-ci n’ont quasiment pas été entendus durant la crise.

 

 

Bilan

Définitivement, on peut dire que la crise du CPE a été négative de tout point de vue. Elle n’a pas permis de faire avancer la situation, elle s’est construite dans une logique d’affrontement et a ainsi renvoyé une image déplorable de la France à l’étranger… A part peut-être vis-à-vis de Sharon Stone, qui a assuré les militants anti-CPE, sans doute nombreux à faire partie du public visé par Basic instinct 2, de son soutien…

01.05.2006

Gauche ou droite, même impact sur l'emploi

A chaque échéance électorale, on assiste au sempiternel même débat : une majorité qui défend son bilan et une opposition qui fustige ce même bilan. Depuis plusieurs décennies en France, le thème de l’emploi revient au centre des débats. Celui-ci est actuellement plutôt favorable à la gauche, car celle-ci dispose d’un bon bilan lors de son exercice du pouvoir lors de la période 1997-2002. Les leaders du PS ne manqueront donc pas de comparer leur bilan à celui de leurs successeurs, moins favorable...


Et pourtant, si l'on remonte avant 1997, il est bien difficile de dire quel parti, du PS ou du RPR/UMP, est le plus à même de "résoudre" le problème de l'emploi en France. Voici la courbe du chômage depuis 1974, année d’accession au pouvoir de VGE, depuis laquelle nous assistons à une alternance quasi-systématique gauche/droite à chaque échéance électorale (données de l’INSEE, chômage au sens du BIT) :

 

medium_chomage-gouvt.gif

Un comparatif du taux de chômage français avec le taux de l’Union européenne des 15 et avec celui des USA donne en revanche une explication plus satisfaisante. Il faut bien s’y résigner : le taux de chômage français suit presque exactement le taux de chômage de l’UE et ce depuis plusieurs décennies (avec 1 bon point de plus il est vrai) :

 

medium_chomage_ue-fr-us.gif

(source : Eurostat)


On ne peut pas prétendre que la raison pour laquelle les courbes sont similaires est que la France joue un rôle prépondérant dans l’UE-15 car la France représente moins de 15% du PIB global.

Cette courbe appelle une autre constatation : la courbe concernant les USA et celles concernant la France et l'UE-15 sont très similaires également, même si l'ampleur des variations est très différent (sur le long terme, les USA ont mieux profité des périodes de croissance). La courbe américaine ayant un ou deux ans d'avance sur son homologue européenne, force est de constater que les USA mènent la danse...

L'évolution positive ou négative du chômage dépend donc très majoritairement de facteurs extérieurs à la France et le gouvernement en place ne peut que découvrir en même temps que nous les chiffres.

Dès lors, on peut conclure de ce petit exposé simpliste (la situation est tout de même plus complexe que ça) que le citoyen soucieux de l'évolution future du marché de l'emploi devrait plus s'intéresser aux chiffres du chômage US et moins aux querelles partisanes françaises PS/UMP…